L'une des jeunes de Aime Home est maman d'un petit garçon d'1 an. Après avoir fugué un soir, elle est revenue enceinte. Son petit garçon, Geoffrey, est maintenant accueilli à Mother and Child. Elle parle souvent de son garçon mais ne va pas souvent le voir. Cet enfant est inscrit dorénavant sur une liste d'adoption. Je m'interroge beaucoup sur cette situation. Je sais que la question du handicap et de la parentalité est très délicate. Pourtant je connais en France une adulte, ayant un handicap mental, qui est maman d'une personne étant adulte maintenant, et j'ai vu qu'elle était son cœur de maman... Je sais qu'une personne adulte handicapée a besoin d'un accompagnement dans sa vie quotidienne et que leur responsabilité pour élever un enfant est mise à mal, mais ne serait-il pas intéressant, dans l'idéal, d'accompagner ces adultes dans leur parentalité pour les aider à rester mère ou père de leurs enfants ? Mon regard est tout particulier car j'ai beaucoup d'amis adultes handicapés avec qui je suis partie en campement l'été. Et on peut dire qu'ils ont besoin de nous... Mais dit-on à quel point ils peuvent nous apporter ? A quel point ils peuvent nous surprendre et nous dépasser ? Dans leurs paroles, dans leurs regards sur le monde. Cette femme même dont je parle, a dit avec colère une fois : "Arrêtez de dire qu'on est handicapés ! On n'est pas que handicapés ! On est des êtres humains, comme tout le monde !" Comme ça m'avait marqué... Cette phrase et mon expérience vécue avec eux me fait énormément réfléchir maintenant...

                Et je m'interroge sur le fait que ces personnes ont le droit d'être parent. Avec un soutien oui. Mais pourquoi ce qu'ils auraient à leur donner ne serait que négatif ? Tant de familles sont bancales, cassées, "nuisibles" parfois pour le bon développement de leurs enfants, même s'ils ne sont pas handicapés. Ce que je veux dire, c'est pourquoi on n'accompagnerait pas ces adultes handicapés à être parent comme on accompagne d'autres parents en soutien dans leur parentalité ? On sait que l'on traversera des difficultés, pour accompagner ces enfants à grandir. Mais pourquoi ces personnes, qui ont leurs pensées, leurs sentiments, leurs cœurs, et qui (selon le handicap bien sûr) pourraient être présent dans l'éducation donnée à leurs enfants et leur donner quelque chose de positif, pourquoi ne pourraient-elles pas élever leurs enfants ? C'est une question qui m'interpelle.

                Et en ce qui concerne Isabelle, cela m'interpelle également. Isabelle parle beaucoup de son fils. Oui, elle ne pourrait pas l'élever toute seule. Mais en étant soutenu, ne pourrait-elle pas avoir sa place de mère ? La question des moyens financiers et humains vient automatiquement en compte car cela demanderait un travail important... Mais cela m'interroge, une fois de plus.